Une évasion héroïque et spectaculaire

Par : MESSAOUDANI
Djamal.

 

 

(Présentation)
Cette évasion n’aurait sans doute jamais eu lieu si une femme au nom de Mme MALOUFI n’avait de son extraordinaire courage, préparer et organiser l’évasion des cinq détenus internés dans l’ancien hôpital mixte de Batna, très souvent au péril de sa vie, bravant le danger qui se présentait toujours devant elle trompant la vigilance des gardiens pour faire passer des messages. Cette femme au cœur de diamant tout éclat de courage, de patriotisme est toujours en vie.
À ces employés de l’ancien hôpital mixte e Batna qui au prix de leurs vies, ont eu la force de trouver dans leurs cœurs la noblesse et le patriotisme nécessaires pour aider leurs frères à retrouver la liberté.
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Nous sommes dans les derniers mois de l’année 1960. La guerre faisait rage, battait son plein dans les Aurès. L’armée française désemparée redoublait de violence, brûlait, bombardait les maisons des villageois, les obligeant à fuir les maisons. C’est le grand exode vers la ville. Cette tactique d’isoler les Moudjahidine du soutien logistique que leur apportait la population rurale a échoué encore une fois. Le combat s’intensifiait de plus belle.
Batna aussi, n’était pas de tout repos, des explosions secouaient violemment les bars tels que l’Eden bar. Le bar des messageries. Le bar du casino et plusieurs autres points chauds de la ville, l’on dénombrait plusieurs blessés, mais aussi des morts. La panique regagnait le rang des européens. Le couvre feu est instauré avec des mesures draconiennes. Tout le monde est barricadé chez soi à partir de 17 heures.
Mais cela n’à point empêché qu’un beau jour un fait inhabituel se produisit à Batna, bouleversant les habitudes, donnant l’effet d’une trainée de poudre. On parlait de l’évasion de cinq détenus de l’ancien hôpital mixte de Batna. En réalité il s’agissait de cinq Moudjahidine dont deux grands responsables du FLN « SAHRAOUI Saïd et BEKOUCHE Salah dit Baccus ».
La genèse des faits qui ont concouru à cette évasion spectaculaire a pris son départ le jour de leur arrestation et leur comparution devant les magistrats au pouvoir machiavélique qui avaient tout mis en œuvre pour d’abord les accuser de coupables pour que seule la prison à vie ou la guillotine puissent être le verdict du jour. Finalement ils furent condamnés à la prison à vie. Ils refusèrent cette peine aussi injuste que démesurée.
En prison, ils sont enfermés dans un pavillon hautement surveillé. C’est là dans ce lieu que le projet de l’évasion a germé dans la tête de SAHRAOUI Saïd, et n’attendant que le moment opportun pour le mettre en route. Deux ou trois mois s’écoulèrent SAHRAOUI et BEKOUCHE sont atteints de dysenterie sévère. Ils se retrouvèrent internés à l’hôpital mixte de Batna dans une salle pour détenus. A première vue la salle n’avait pas de barraudage, mais de véritables rails de chemins de fer qu’il fallait surtout scier coûte que côute. Saïd a commencé par adosser son lit contre la fenêtre, façon d’être tout prêt des barreaux. La salle est grande, dotée de cinq lits donc cinq détenus. Une grosse lumière au plafond permet au gardien de les tenir à l’œil toute la nuit, et pourtant il faudra minuter le temps exactement nécessaire pour que le groupe évadé, arrive de l’hôpital à sa destination. C’est-à-dire là où un fidaye les attendait.
À peine arrivé Saïd demande d’abord qu’on soigne ses pieds encore tuméfiés et très enflés par le séjour passé au cachot, il ne peut plus marcher et pourtant sa décision de s’évader ne fait aucun doute. Les choses vont bon train. Mme MALOUFI s’est vu confier la périlleuse mission d’organiser et préparer l’évasion. De connivence avec l’agent de service, elle fait glisser des lames de scie dans des petits pains qui atterrissaient sur le plateau de Saïd. Elle bravait toujours le danger surtout lorsqu’il s’agissait d’aider les détenus à retrouver la liberté, et à rejoindre le maquis.
Ces longues heures où Saïd échafaude leur prochaine évasion sont si aigues, il se voit agir exactement comme si le projet était déjà en exécution. Le travail a commencé Saïd, chaque fois qu’il a scié un peu il doit mélanger la sciure de fer avec le pain mâché pour colmater l’impact de la scie. Ils ont mis trois nuits pour couper deux barreaux.
Toutes les précautions ont été prises pour que l’évasion soit couronnée de succès, ils ont vu qu’ils pouvaient facilement prendre la fuite. La salle se trouvait au premier étage, sauter est un peu risqué, car il y a près de cinq mètres. Madame MALOUFI est informée de ramener de la bière  » Pils  » contenant un somnifère, qu’elle devrait remettre au policier de garde Rabah dit Robert, c’est entendu de la servir à ses collègues.
La bière servie et bue, les gardiens dormaient profondément. Said et ses quatre compagnons, nouèrent leurs draps qu’ils attachèrent au barreau. Ils sont dans la cour côté morgue et cabanons des malades mentaux. Ils gravirent le mur donnant sur le quartier du camp. Là un premier obstacle, la présence de la sentinelle de l’Infirmerie militaire, scrutant tous les paramètres de l’Infirmerie. Le quartier du camp pauvrement éclairé par l’électricité a donné plus de chance aux fuyards, mais il reste à escalader les remparts pour regagner de l’autre côté l’oued. Un deuxième obstacle de taille les attend. Les remparts sont de parts et d’autres élevés de guérites, les sentinelles munis de puissants projecteurs balayaient tout le contour jusqu’au champ de Chikhi et Marref où plus ou moins la végétation est épaisse.
Sahraoui Said n’a pas eu cette chance, en s’agrippant le dernier aux draps, l’un d’eux se déchire et c’est la chute de près de cinq mètres. Il se cache la jambe. Un employé de l’hôpital faisant le guet se précipita de le cacher dans la morgue sous un tas de draps. Dans un élan patriotique ZIDANI Amar employé du Bureau des Entrées et DEKHINET Khelifa chauffeur le font sortir dans l’ambulance camouflé sous un brancard et des draps, en direction de M’habet Djemouï quartier de l’abattoir, où il devra trouver refuge. Au bout de quelques jours sa jambe consolidée, on lui fît endosser un habit de femme. Par ce déguisement il est parvenu à rejoindre ses compagnons au maquis.
Aujourd’hui personne n’a pu expliquer comment s’est déroulée leur cavale et l’on se pose toujours la question comment ont-ils fait pour passer à travers les mailles de l’armada militaire très nombreuse dans ses parages. La question demeure énigmatique. Ils ont pu rejoindre le maquis, mais le destin en a été autrement, deux années plus tard lis tombèrent dans le champ d’honneur les armes dans les mains à quelques jours du cessez le feu.
En somme, les forces d’occupations ont-ils compris la leçon de vaillance et de courage qu’ils ont reçue de SAHRAOUI, de BEKOUCHE et les trois compagnons.
Ce témoignage et cette extraordinaire aventure dignes des films hollywoodiens m’ont été rapportés par bribes recueillies auprès d’anciens hospitaliers et de SAHRAOUI Abdelhamid le propre fils du chahid SAHRAOUI Said (résidant à Alger).
À propos du grand Moudjahid BAYOUCHE Mohamed, j’aurai  » inchâ Allah  » l’occasion de revenir sur ce sujet concernant le grand homme au cœur d’enfant avec qui j’ai eu l’honneur de travailler dans l’ancien hôpital, alors que je n’avais que 20 ans. Aujourd’hui, j’éprouve une répugnance sans limite à l’encontre des anciens responsables de l’hôpital de Batna, qui n’ont eu aucune reconnaissance ni considération à l’égard de M. BAYOUCHE. Ce grand homme, auteur du premier coup de feu, par qui la guerre a pris son départ.
Il fût affecté dans des tâches pénibles et très contraignantes, telle que la buanderie de l’époque ne disposant pas de machine à laver. Le linge souillé est placé dans un grand bassin lavé à mains nues et étendu à l’air libre où encore dans des postes très nuisibles tel que le service des consultations externes avec tout le désagrément des visiteurs.
Jamais au grand jamais il ne disait mot, ni évoquait son passé glorieux. Il se contentait toujours de nous faire un sourire. Monsieur BAYOUCHE nous te disons tout simplement merci. Un merci qui veut tout dire.

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